Claude Chabrol " Bellamy est un Maigret sensuel "
C'EST à Nîmes, ville natale de sa comédienne-fétiche Bernadette Lafont, que Claude Chabrol a tourné " Bellamy ", un polar dans une ambiance à la Simenon, avec pour personnage principal un commissaire qui ressemble à Maigret et passe des vacances avec sa femme dans une maison de famille. Il accepte d'y héberger Jacques, son demi-frère, raté et alcoolique avec lequel il entretient des rapports assez tendus. Il reçoit aussi la visite d'un homme étrange et aux abois, Noël Gentil, poursuivi pour es-croquerie à l'assurance et qui avoue avoir tué un homme pour réussir son coup. Vou-lant en savoir plus, le commissaire mène une enquête personnelle qui lui réserve nombre de surprises.
" Avec ma co-scénariste, Odile Byrski, explique le réalisateur, et vaguement inspirés par un fait divers, nous avons conçu une histoire où la partie policière ne serait qu'un fil rouge permettant de décrire les relations entre divers personnages possédant tous plusieurs facettes, ce qui permet de jouer avec leurs ambiguïtés. Bien sûr, nous avons pensé à un Maigret, mais tel que Simenon n'en a jamais écrit, un Maigret sexy. Car toute l'action est empreinte à la fois de mystère et de sensualité. J'y rends un hommage feutré à Simenon et à un autre Georges Brassens, auquel le film est aussi dédié. "
Claude Chabrol demeurant l'un des derniers cinéastes-écrivains, les dialogues très travaillés sont abondants, parsemés de non-dits éloquents et de quelques brefs retours en arrière.
" Ceux-ci, analyse le réalisateur, montrent les points de vue du commissaire sur cette affaire. Mais ils ne sont pas forcément exacts. "
D'autres films en perspective…
Le casting de haut niveau rassemble Marie Bunel, déjà trois fois engagée dans des films de Chabrol et qui joue avec autant de charme que de malice la femme de Bellamy, Jacques Gamblin dans un triple rôle lui permettant d'être tour à tour manipulateur et victime, Clovis Cornillac, le demi-frère se partageant entre frustration et émotion, et la belle Vahina Giocante. Et, incarnant Bellamy, Gérard Depardieu avec lequel Claude Chabrol avait envie depuis longtemps de travailler.
" Moi aussi, j'en avais envie, déclare Depardieu. On s'était rencontré dans un fes-tival et cela m'avait confirmé qu'il appartenait à la même famille de réalisateurs que ceux auxquels j'aime faire confiance, tel Maurice Pialat. Chabrol, c'était pour moi le chaînon manquant. Il m'a donc parlé du personnage et du sujet, et j'ai vu tout de suite tout ce que j'allais en tirer, car je m'attache à des histoires pouvant aller plus loin que ce qui est écrit. Je ne cherche pas les performances, mais des rôles qui peuvent me donner du plaisir et c'était le cas. "
Question - Après 150 films, ce personnage vous apportait donc encore du neuf…
Réponse - " Évidemment, Bellamy au début apparaît un peu pépère, puis se révèle très malin, très curieux. Ça, c'est le côté Simenon. Mais surtout, il s'agit un homme très amoureux qui exprime beaucoup de tendresse et de désir pour sa femme. On ne m'a encore jamais vu comme ça. D'ailleurs, si ce film est une histoire d'hommes, les femmes y sont très aimées. L'escroc peut-être meurtrier que joue Gamblin est éperdu-ment amoureux de sa jolie maîtresse. "
Q. - Comment se passe un tournage avec Claude Chabrol ?
R - " Toujours détendu, il semble ne pas diriger les acteurs, et pourtant tout est pen-sé, mesuré avec une grande rigueur. Il fabrique un cadre, il y place ses comédiens et les laisse s'exprimer librement, mais sans cesser de contrôler. Un vrai bonheur, aussi l'on pense déjà à un prochain film ensemble. Et je suis même d'accord pour en tourner plusieurs. "
Le duo de Chacha et Gégé, comme on les surnomme déjà, pourra donc encore fonctionner. Quant à Brassens, son œuvre apparaît par petites touches au cours du récit, puis dans une singulière plaidoirie chantée dont Chabrol raconte l'idée : " Nous n'aurions pas osé l'inventer, mais cela s'est vraiment passé. Un avocat a chanté un couplet de Brassens au cours d'une plaidoirie. Dans le film, il interprète la chanson au complet. "
René QUINSON
|