" Gran Torino " : un homme de cinéma
L'histoire : Kowalski n'est plus, depuis longtemps, un jeune homme. Ce vétéran de la guerre de Corée, retraité des usines automobiles de Detroit, vient d'enterrer son épouse. Et il ne cesse désormais de geindre et de grogner pour tout ou rien. Un jour, il surprend un voleur en train de dérober sa voiture de collection.

Notre histoire : il y a bien- sûr quelque chose de gênant à l'unanimité. Quelque chose qui, fondamentalement, ne peut satisfaire l'esprit critique. Quelque chose qui, naturellement, doit éveiller les soupçons. Pourtant, comment évoquer le cinéma de Clint Eastwood sans émettre une opinion délibérément positive ? " Gran Torino ", qui marque le retour de l'ex inspecteur Harry derrière la caméra, constitue ainsi une sorte de résumé de l'œuvre de cet homme de cinéma. Le scénario met en lumière à la fois son identité de réalisateur et son talent de comédien. Le rythme se révèle soutenu, vif, sans temps mort. Mais ce film d'action, aux vertus classiques, s'enrichit d'une dimension profondément humaine et intelligente. Le personnage, à l'automne de l'existence, cherche sa place dans une société hostile. Et il déploie ses facettes au fil des situations, sans jamais tomber dans la caricature ou l'outrance. Bref, Eastwood maîtrise à coup sûr les paramètres du suspense et de la psychologie. Et ses images, pourtant accessibles, ne sont jamais tout à fait ordinaires, jamais tout à fait vides de sens. Jamais vulgaires, non plus. Une qualité trop rare de nos jours.
Marc FRANÇOIS.
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