A la recherche des copains d'alors
IL a fallu du temps avant que Daniel Camminada ne se décide. Retrouver ses amis d'enfance après soixante années de séparation n'a rien de banal… Et clôturera dix ans de tergiversation et six mois d'enquête ! " Cela a été une grande aventure " raconte cet ancien employé dans la comptabilité de 68 ans. " J'ai commencé tout bê-tement par l'annuaire, j'appelais tous les noms correspondant. Puis j'ai essayé le Mini-tel, Internet, questionné des gens de la famille… Le bouche-à-oreille a fait le reste. De fil en aiguille, je les ai tous retrouvés ! Le plus drôle est qu'ils habitaient tous encore aux alentours de Clermont. On s'était sans doute croisé à plusieurs reprises, mais sans se reconnaître… "
Vingt-neuf copains, de 60 à 75 ans, qui symbolisent davantage qu'une amitié d'enfance. A l'heure où des millions d'internautes se créent des centaines " d'amis " sur Facebook, le mot " lien " semble ici prendre tout son sens. Daniel Camminada nous entraîne dans le Clermont des années 50-60, une partie tout du moins : celle do-rénavant condamnée par l'actuelle édification du nouvel hôpital d'Estaing. En face du Stade Michelin, la rue Auger est celle où vécurent Daniel et ses jeunes amis… Un quartier qui cristalliserait presque à lui seul la transformation de la ville ces dernières décennies. Disparition des petits commerces, de la verdure. " Ce n'était pas la campagne, mais presque. La rue était bordée d'arbres et de jardins, c'était magnifique. C'est d'une tristesse aujourd'hui ! Tout est méconnaissable, à commencer par l'avenue de la République ". Le tramway, notre narrateur l'a connu il y a bien longtemps… Avant qu'il ne soit remplacé par des bus flambant neufs, " un véritable évènement ! ", où l'on montait par l'arrière pour y être contrôlé par le receveur. Puis, quelques quarante années plus tard, place au tram que nous connaissons…
Des cinémas de quartier disparus
Le monde décrit par Daniel Camminada est celui de la simplicité, où l'on allait encore acheter son charbon au magasin d'en face. L'abondance d'aujourd'hui, avec ses innombrables moyens de distractions, n'y avait pas encore sa place. Par la force des choses, les enfants s'y amusent avant tout entre eux, grâce à une bonne dose d'imagination ! En l'occurrence, la proximité immédiate avec leurs jeunes camarades de jeu a engendré davantage de solidarité dans ce coin de Montferrand. " Nous étions très soudés, alors qu'aujourd'hui, je sais à peine ce que font mes voisins ! Nous n'avions pas la télévision à l'époque. Les plus grands enfants amenaient les plus petits à l'école de Châteaudun et les raccompagnaient. On était adulte en étant encore très jeune. On croisait les employés qui venaient allumer les becs de gaz, le soir. On ne pourrait plus faire cela aujourd'hui. Mais il faut dire qu'il n'y avait pas autant de chômage à l'époque, et donc pas autant d'insécurité ".
Ce qui peut parfois apparaître anecdotique aujourd'hui relevait alors souvent de l'évènement : le défilé du 92ème régiment d'infanterie et de leurs charrettes à chevaux, le contre-la-montre Clermont-Vichy avenue de la République durant le Tour de France, et auquel participait le champion auvergnat Raphaël Geminiani… Sans oublier les feux de la Saint-Jean célébrés dans le quartier de la rue Auger, le carnaval, la pêche à la ligne sur les bords de l'Allier à Cournon le dimanche… Quand celui-ci n'était pas consacré à la sortie cinéma, extrêmement populaire. D'innombrables salles de quartier avaient alors poussé comme des champignons dans tout Clermont-Ferrand. Place de la Rodade, avenue d'Italie, avenue des Etats-Unis, rue Blatin, rue Fontgiève… " Comme les gens manquaient de distractions, il y avait toujours un monde fou. Et nous ne pouvions pas aller très loin, puisque les ouvriers se déplaçaient essentielle-ment à vélo. Moi-même, je n'ai eu le mien qu'à 14 ans, à l'obtention de mon certificat d'études "
Daniel Camminada a encore des dizaines de souvenirs en réserve. Quand il retrou-vera ses compagnons d'époque, fin mars, il lui en reviendra certainement encore beaucoup d'autres.
Aude HILY
|