Découverte : Moyen Âge
Les stalles de l'église abbatiale de Solignac ont été étudiées par Gaëlle Grzelack et ses travaux viennent d'être publiés.
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Diables et monstres à Solignac
Des démons, des monstres et autres animaux fantastiques sont sculptés sur les accoudoirs et les sièges utilisés par les moines de Solignac. Leurs significations sont vraiment surprenantes, comme l'explique Gaëlle Grzelack, auteur d'un livre tout aussi surprenant que pédagogique. Explications…
INFO. - Comment vous est venue l'idée de ce livre ?
GAËLLE GRZELACK. -J'ai toujours été attirée par l'histoire, je me suis donc ins-crite à la Faculté d'Histoire de Limoges en 2001 et, après ma licence j'ai souhaité me spécialiser dans l'histoire médiévale qui est devenue une véritable passion. J'aime plutôt l'aspect artistique de cette période d'où le choix de ce travail de recherche mené dans le cadre de mon mémoire de maîtrise. Le Professeur Sophie Cassagnes-Brouquet m'a proposé ce sujet que j'ai de suite accepté. Les travaux ont débuté en septembre 2005 et ont duré neuf mois jusqu'à la soutenance en juin. L'éditeur d'Issoudun Alice Lyner m'a contactée deux ans après. Ce fut une bonne surprise ! Six mois de réécriture ont été nécessaires pour le rendre accessible au grand public et le livre est sorti fin 2008 à 200 exemplaires.
I.- Ce livre va lever le voile sur un aspect méconnu de Solignac ?
G. G.- Le but est de faire connaître l'abbatiale de Solignac. Lors d'un chantier de ré-habilitation mené sur l'ancien moulin à grains des moines bénédictins que j'ai effectué l'été dernier, je me suis rendue compte que les touristes se demandaient quelle était la signification des sculptures sur les stalles. Ce livre est une réponse et s'adresse à la fois aux touristes et à la population locale.
Une commande exceptionnelle
I.- Quelle était l'utilisation de ces stalles ?
G. G.- Les stalles font partie du mobilier présent dans une église. Ce sont les empla-cements individuels installés face-à-face le long des murs de la nef où prenaient place les moines au Moyen Age. Chaque stalle se compose d'un panneau dorsal, de par-closes, c'est à dire de panneaux situés de chaque côté du moine, sur lesquels appa-raissent des appuie-mains et des miséricordes, sortes de strapontins où ils reposaient leurs jambes lorsqu'ils devaient rester debout. Entre le IXème et le XVème siècle ces dé-cors ont évolué. Au XVème siècle on sait que 92 stalles avaient été commandées par les moines, plus particulièrement par l'abbé Martial Bony de la Vergne, qui était issu d'une riche famille. Ils restent 56 stalles en chêne, que l'on peut voir aujourd'hui. Certaines sont classées Monuments Historiques et ont été nettoyées en 2000. Il est de nos jours très rares que des gens s'y assoient...
I.- Quel était le but de vos recherches ?
G. G.- Mes recherches consistaient à relier la symbolique de ces sculptures au quotidien des gens du Moyen Age, à leurs croyances, leurs traditions. Elles sont le reflet de leur époque, au travers des représentations de vêtements, du vice, de la vertu et du diable. J'ai au préalable consulté des ouvrages sur ce thème mais ils sont très rares. J'ai pris en références deux auteurs, Raban-Maur, un religieux de l'époque qui a laissé des écrits sur le vice et la vertu et Isidore de Séville, un théoricien médiéviste. Parmi les vices on retrouve la sexualité, la luxure, la gloutonnerie qui apparaissent clairement dans ces décors. Et les vertus sont également symbolisées par la lutte contre le mal, contre le diable, les moines voulaient le plus possible se rapprocher du divin.
Interprétations
I.- Que symbolisaient les femmes et les hommes dans ces décors ?
G. G.- La place de la femme est symbolisée par des têtes de femmes, une sorcière, des nones, une mère portant son enfant, une femme coiffée d'un hennin, elles sont censées représenter les vices. Les hommes se battent contre les pêchés, ils sont re-présentés par des clercs, des moines, un chevalier, un mendiant qui rappelle que le Seigneur était pauvre. A cette époque il semble qu'un choix ait été fait, enseigner la doctrine chrétienne par le dégoût de toutes les dépravations du monde. A ce titre les animaux sont souvent utilisés. Il est facile d'associer le sanglier à la sauvagerie et à la goinfrerie, mais la réalité est plus subtile. En effet, de nombreux symboles sont ambigus ou évoluent avec le temps. Ainsi le chien, considéré comme le symbole de l'amitié par les hommes de l'Antiquité, est plutôt apparenté au loup et au renard par les penseurs du Moyen Age. Le lion symbolise aussi bien la Résurrection que l'orgueil…
I.- Pourquoi avoir sculpté ces représentations ?
G. G.- Une théorie semble apparaître, les moines de Solignac avaient sous leurs yeux tout cela, symboliquement ils s'asseyaient dessus ce qui leur permettait de vivre pleinement leur condition de moine, de se tourner entièrement vers la religion, mais également de montrer leur ouverture d'esprit. En quelque sorte c'était mettre le mal sous leurs fesses pour s'élever vers le Divin. Ces stalles étaient payées avec leur ar-gent, elles représentaient aussi le trésor qu'il fallait garder, leur richesse. Suite à des incendies, les écrits des Bénédictins ont disparu, on ne connaîtra pas exactement leur signification, bien qu'il soit possible de comparer ces stalles avec celles d'autres régions pour en vérifier la symbolique. C'est à Solignac que subsistent autant de stalles médiévales. J'en ai dénombré au total dans quinze églises du Limousin, d'autres sont certainement encore à découvrir. Un travail de comparaison serait intéressant à mener, afin de démontrer s'il existait ou non une école limousine d'artistes-artisans, notamment en étudiant les stalles d'Eymoutiers, de Saint Léonard, et aussi de Mortemart, où on retrouve le blason de l'abbé qui a commandé celles de Solignac…
Propos recueillis par
Corinne Mérigaud
Photo © Yves Dusschaud
" Les Stalles de l'église abbatiale de Solignac " de Gaëlle Grezlack, Ed. Alice Lyner, 2008 - 134 pages (21,50 euros) disponible dans les librairies de Limoges et à l'Office de Tourisme de Solignac.
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