Ces homosexuels tout près de nous
LES homosexuels ne sont plus des délinquants depuis 1981 en France, et l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie mentale par l'Oms onu-sienne Organisation mondiale de la santé, depuis 1990. C'était hier. Combien sont-ils les homos, les gays, les lesbiennes, les transsexuels ? 10% de la population selon les uns (soit environ 130.000 Auvergnats (es), 15-20% soutiennent d'autres. Personne ne sait vraiment. Les uns se cachent farouchement, d'autres s'affichent. A la campagne on vit discret, mais on défile dans les grandes villes. Au travail, peu le revendiquent, quand d'autres vivent en bon voisinage sans se dissimuler…
" Je peux trouver joli le visage d'une femme, mais je préfère un torse sans les seins. C'est comme ça. Les seins, je ne saurais pas quoi en faire.. ". Bruno (prénom d'emprunt), la quarantaine, Clermontois d'origine, est aujourd'hui cadre européen dans un grand groupe de la région parisienne. Son homosexualité, il l'a découvre quand l'enfance se mue. " En fait, je me suis toujours senti ainsi, au moins depuis que j'ai commencé à me masturber, vers onze ans. Moi, mes fantasmes, c'était les mecs. Je ne me sentais pas dans le coup quand mes potes parlaient d'une fille. Bien sûr, je suis sorti avec des filles, et de l'une j'étais même très amoureux.
" J'ai eu mes premiers rapports avec un homme, vers 23-25 ans. Ce début n'a d'ailleurs pas été très glorieux, mais le lendemain, j'ai su qui j'étais. J'ai su que je ne pourrai plus continuer avec une femme. Ce qui m'attire irrésistiblement, c'est une sorte de vérité phéromonale ".
Bruno est devenu un dragueur impénitent, un chasseur. Ce célibataire et grand voyageur pour raisons professionnelles, ne passe jamais plus de deux ou trois nuits par semaine dans son appartement. Un rythme incompatible avec l'idéal du " bon " père de famille. Son mode de vie colle bien a son emploi, mais parfois c'est sinistre. " J'aimerais avoir quelqu'un quand je rentre. Mais la vie de couple, gay ou hétéro, ne dure pas. J'ai déjà fait des essais, mais l'un avait des problèmes, et pour l'autre, j'étais la maîtresse en quelque sorte, d'un mec marié ".
Alors Bruno écume les bars, les boîtes, les lieux branchés, les soirées privées, et en quinze ans, multiplie les rencontres, plusieurs par semaine, parfois en une soirée. Très facile à Paris, où l'on jouit dans l'anonymat au sein de la mégapole. Il s'essaye avec les " cuirs ", les " bears " moustachus aux gros muscles, et aussi du coté des soirées " uro ", où l'on prend son plaisir en urinant sur le voisin. Eh oui, tous les goûts sont dans la nature, et soit dit en passant, ne sont pas l'apanage des seuls homosexuels.
" A Paris, c'est très difficile de construire. Parfois, je me dis que tout cela me sort par les yeux. Ces rencontres sans lendemain me tentent moins maintenant, et je reste en abstinence durant de longues périodes. Je m'interroge, pourquoi dans toute cette multitude, je n'ai pas trouvé l'âme sœur ? Et c'est ainsi que je retourne dans les bars, les boites, en me disant un jour peut-être… Celui de demain sera mieux…Ce n'est pas parce-qu'on a croisé un beau regard que l'on peut aller plus loin. Après l'acte physique, on se parle, et il arrive souvent que l'on ne puisse s'entendre. Parfois on échange nos téléphones pour aller plus loin, mais rien n'est jamais simple, comme la vie ".
Bruno poursuit, " Ici, l'amour ne suffit pas. On se veut fashion, bling- bling. C'est un coté surfait, artificiel. Chaque état de la gaytitude a son folklore. Je ne suis pas comme cela. Je suis totalement décomplexé, et très heureux de vivre à une époque plutôt cool, dans une grande ville. Je ne me vante pas de mes choix sexuels, et n'en fait pas une carte de visite. Je suis habillé et parle comme tout le monde. Au travail, les plus jeunes me taquinent, mais rien de méchant. Quant aux plus vieux, ils ne savent pas. Les jeunes sont en général plus ouverts. A quarante ans, j'aimerais beaucoup me poser, mais je ne regrette rien, et souhaite à chacun de connaître " l'état de braise ".
" Je voudrais dire un mot de la vie difficile des beurs homos, qui en bavent particulièrement, car rejetés par leurs famille. Il est difficile d'être musulman et homosexuel. Je me souviens d'un beur très joli garçon avec qui je suis sorti. Il vivait clandestin dans sa famille, et tournait des films pornos pour de l'argent. Entre nous, cela n'a pas duré. Il avait trop de problèmes, et au fond était trop sensible. Ses films étaient pour lui la preuve d'une certaine réussite. Il aurait voulu faire la Une du magazine Têtu… ".
Lorsque l'enfant paraît
Ne croyez surtout pas que les homosexuels vivent tous comme Bruno. C'est même tout le contraire, comme chez les hétéros. Une minorité, garçons et filles, drague à tous vents, vit " sa vie " intensément, faisant fi des tabous. La majorité est plus modérée. Brigitte Célier vit depuis vingt-cinq ans avec sa compagne Dominique, une longue et belle histoire d'amour quelque part dans l'agglomération clermontoise. L'une travaille dans la police, à la formation, et l'autre, en secteur hospitalier.
" Nous vivons sereinement, sans faire de prosélytisme pour l'homosexualité. Vous savez, on ne choisit pas sa sexualité, et nous, nous assumons la notre. Nous ne nous cachons pas de nos familles, de nos collègues de travail. Nous avons été très clairs, et ne sommes pas du genre non plus à nous laisser marcher sur les pieds…
" Les années 80 sont aussi les années sida. Elles ont fait changer les habitudes des homosexuels. Le lien conjugal s'est installé, ainsi que la demande d'une reconnaissance sociale. A l'époque, nous avons été des pionnières. On ne se montrait pas. L'homoparentalité était alors exceptionnelle. En 2009, des gays continuent de se cacher, tandis que les homophobes apprennent à refreiner leurs opinions discriminatoires. Mais ils ne voudraient pas pour autant d'un homosexuel dans leur famille. Je pense que de voir un couple homo vivre tranquillement sa vie doit en irriter d'autres. C'est ainsi. Il faut encore laisser couler de l'eau. Souvenez-vous du statut social des divorcés voilà cinquante ans. Aujourd'hui, ils sont totalement banalisés, et je dirai qu'à la limite, parmi les familles recomposées, les divorcés, les enfants de mères isolées.. c'est le gosse vivant avec ses deux parents d'origine, qui devient plutôt une anomalie à l'école… ".
Les deux femmes ont élevé ensemble Géraldine, fille de Dominique, dont le papa est décédé une semaine avant sa naissance ! En avril 2008, Brigitte a publié un ou-vrage remarqué, " Maman, Mamour, ses deux mamans " (paru aux éditions Anne Car-rière). Elle raconte leur vie et celle de Géraldine, aujourd'hui âgée de vingt-deux ans, et parfaitement épanouie. " Notre fille dit : j'ai deux mères. Mon propos porte avant tout sur la protection de ces enfants ayant deux mamans ou deux papas, dont le nombre est estimé à 35.000 en France, selon l'Institut national des études démographiques. Ce chiffre serait de 300.000 en France selon les estimations de l'APGL.-Association de parents gays et lesbiens.
" Ces gamins sont comme les autres. Ils sont bien, ou moins bien, dans leur peau. Certains doivent affronter une nouvelle famille. Leur gros problème est celui du regard des autres à l'école. Ils subissent aussi une discrimination dans la législation française. Pourtant, ce n'est pas le cas en Belgique, Hollande, ou en Espagne.
" Si par malheur la mère de Géraldine était décédée quand celle-ci était mineure, la petite que nous avons élevée ensemble, serait partie dans une famille d'accueil. Sa famille ayant rompu avec sa mère. On me l'aurait enlevée, et je ne peux pas faire d'elle mon héritière. On va de lui faire payer des frais comme si elle était une étrangère. C'est très injuste. Officiellement, ces enfants sont assimilés à des enfants vivant avec un seul parent, mais ce n'est pas satisfaisant. Pourquoi ne seraient-ils pas sous l'autorité de leurs deux parents, comme le sont les autres enfants, et avec les mêmes droits " ?
La réforme de l'autorité parentale et des droits des tiers, qui doit définir un statut des beaux-parents, annoncée en début d'année par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a été repoussée à l'automne. Ce texte, controversé, ouvrirait la possibilité de partager l'autorité parentale entre deux parents du même sexe par simple homologation devant un juge.
Les Auvergnats sont-ils homophobes ?
" LES Auvergnats ne sont pas plus homophobes que les autres. Ils ne le sont pas moins. Les insultes, les railleries, moqueries, voire les violences physiques existent au quotidien, refus de location d'appartements, mises au placard dans les entreprises…", expliquent Marianne Gouffault et Anaïs Larderet, de l'AGILE- l'Association des gays impertinents et des lesbiennes endiablées à Clermont-Ferrand. Cette structure agit pour la reconnaissance des droits des homosexuels (lles), bisexuels (lles), et transsexuels (lles). " Nous menons des actions de prévention et de lutte contre l'homophobie, intervenons en milieu scolaire auprès des personnels et des élèves, et proposons aussi un espace de dialogue et d'écoute et un accueil jeunes, à notre local.
D'autres activités revêtent un caractère plus convivial, avec des soirées à thème no-tamment au café-lecture Les Augustes, des rencontres avec des auteurs, soirées ciné-ma, théâtre, et bien sûr une fois l'an, le festival Homosaïques..
" La société a bien évolué mais il faut encore sensibiliser les élus, en particulier sur l'homoparentalité (pourquoi les enfants n'ont pas les mêmes protections dès lors qu'ils sont élevés par deux papas ou deux mamans ?), les homophobies (le plus souvent des attitudes individuelles).. ".
Autre grand dossier, celui du mariage homo. Un souhait pour certains, mais pas pour d'autres. " C'est un problème de liberté tout court. Que l'on en ait envie ou pas, nous n'avons pas ce choix, même si le couple a déjà la possibilité de se pacser. " Le mariage homo remet en cause la définition de la famille, le droit d'adopter, et aussi toute une symbolique de la République. Quant à l'aspect religieux, c'est très simple : les trois grandes religions monothéistes rejettent l'homosexualité ".
Depuis la dépénalisation du 27 juillet 1982, initiée par Robert Badinter, alors ministre de la Justice (la loi abroge un article du code pénal instauré par le régime de Vichy), la vie est plus facile, mais pas une sinécure. Notamment, le parcours du combattant pour les transsexuels. " La loi est sournoise pour ceux qui veulent changer d'état civil en France. Il leur faut un suivi médicalisé, et psychiatrisé pendant des an-nées, et ils ont l'obligation d'être stérilisés. Un jugement est en outre obligatoire pour obtenir de nouveaux papiers. Beaucoup vont à l'étranger, où l'on peut changer de sexe de façon moins contraignante ".
Faut-il rappeler que l'homosexualité apparaît à tout âge, avec la puberté, et aussi, vers la cinquantaine, dans les couples avec enfants. Cela ne se commande pas, et peut bouleverser bien des vies toutes réglées…
Contacts : " AGILE ", maison des Associations, 2 bd Trudaine à Clermont-Ferrand " Tel : 06.66.49.86.03 et Internet :www.agile-auvergne.org ; " David et Jonathan ", un accueil chrétien des gays et lesbiennes, Tel : 06.66.53.40.95 ; " APGL- Association des parents et futurs parents gais et lesbiens ", Tel : 06.80.73.07.06.
J-J.A.
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