Le phénomène " Millenium " au cinéma
DE temps à autre, un livre remporte un succès planétaire, ce fut notamment le cas pour " L'Alchimiste ", " Harry Potter " et le " Da Vinci Code ". Le nouveau phéno-mène de ce genre se nomme " Millénium ", une trilogie dont le premier volet fut publié en juin 2006 chez Actes Sud. Le bouche à oreille fonctionna avec une rapidité stupé-fiante en France et à l'étranger, se poursuivit sur les deux autres tomes et l'on s'approche des 20 millions d'exemplaires, dont 3 millions en Suède, pays de 9 millions d'habitants. En effet, c'est dans ce pays que se déroule cette saga policière avec tueurs psychopathes, haines familiales, personnages entourés de zones d'ombre, écrite par un enfant du pays, brillant journaliste, Stieg Larsson. Lequel n'aura pu profiter de sa réussite, étant décédé à 53 ans, peu après avoir remis son dernier manuscrit à l'éditeur.

Il ne verra pas non plus l'adaptation à l'écran de son œuvre dont le premier épisode, " Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes ", sera à l'affiche de six cents salles en France. Un film 100 % suédois, à l'exception du réalisateur danois Niels Arden Oplev, qui replace au premier plan un cinéma qui avait presque disparu internationalement depuis Ingmar Bergman. Les premières projections en Suède et au Danemark ont pro-voqué un raz de marée de spectateurs.
Le personnage masculin principal, Mikael Blomkvist, est un homme brisé : injuste-ment licencié de la revue d'investigation Millénium, il a perdu son procès en diffamation et ses amis lui ont tourné le dos. Lorsque qu'un riche industriel patriarche le charge d'enquêter sur la disparition de sa nièce, survenue quarante ans plus tôt, Blomkvist piétine, incapable de retrouver sa perspicacité légendaire. De l'autre côté de la ville, une hackeuse, Lisbeth, qui s'est infiltrée dans son ordinateur observe ses faits et gestes, et lui livre soudain une information cruciale. Sur une île du Grand Nord coupée du monde l'ancien journaliste et la jeune rebelle font équipe pour percer un mystère familial prenant ses racines dans le Nazisme. Peu à peu, l'intrigue que ces deux paumés tentent de démêler s'oriente vers un effrayant dénouement à la " Seven ", en les rapprochant.
Noomi Rapace, hackeuse, punk, destroy
Niels Arden Oplev avait d'abord refusé la réalisation, impressionné par ce pavé de 500 pages, mais il est parvenu, en 2 h 30, à coller de très près au livre tout en concen-trant l'histoire sur l'essentiel. Le tournage s'est effectué avec une petite équipe et le George Clooney suédois, Michael Nyqvist, incarne Blomkvist. Mais la révélation, c'est sa partenaire Noomi Rapace. La production a réussi à entretenir le mystère autour d'elle dont aucune photo n'était publiée. Elle joue Lisbeth Salander, petit génie de l'informatique, type gothique, qui a passé son enfance dans un asile.
Dès qu'elle apparaît, écorchée vive à la silhouette androgyne, maquillée en noir et couverte de piercings et tatouages, le film prend son rythme. La jeune actrice incarne avec furie cette " Nikita " suédoise qui s'humanise à mesure que son passé se dévoile. Elle se reconnaît quelques points communs avec le personnage qu'elle ne voulait pas jouer de façon trop féminine.
Les droits audiovisuels de " Millénium " avaient été vendus avant le triomphe des livres. Le producteur-acheteur avait prévu un long-métrage pour le cinéma et quatre téléfilms pour les deux autres ouvrages portant des titres étranges : " La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette ", " La Reine dans le palais des courants d'air ". Après la mort de l'auteur, il semblait difficile de changer les contrats, mais des accords ont pu être conclus avec les héritiers. Exit la télévision. C'est sur grand écran que l'on projettera la suite de l'enquête de Blomkvist, au cours de laquelle on en saura beaucoup plus sur le passé et les mystères de Lisbeth Salander.
Si l'on en croit une rumeur, l'auteur aurait commencé l'écriture d'un nouvel épisode et on trouverait dans ses brouillons assez d'éléments pour un " Millénium 4 ". Mais il faut toujours se méfier des rumeurs…
René QUINSON
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