Livre La folie des solitudes
Geneviève Parot publie son deuxième roman, qui évoque les actes épouvantables d'un meurtrier parricide et fratricide en Creuse dans les années 20 à 44.
IL ne faut surtout pas se presser de lire certains livres, pour en savourer plei-nement les mots un à un, et les phrases qui telles une vague, vous attirent, vous sub-mergent et vous entraînent sans retour. Clermontoise comédienne au théâtre du Péli-can voilà de deux décennies, Geneviève Parot enseigne aujourd'hui le français et le théâtre au lycée d'Aubusson. Après avoir écrit des nouvelles parues dans des revues littéraires, elle s'est lancée dans un premier roman, intitulé " Trois sœurs ", édité en 2005 chez Gallimard.
Quatre années plus tard, à l'issue d'une longue enquête dans les mémoires villa-geoises, et aux archives départementales de la Creuse, elle exhume avec pudeur et sensibilité, la douloureuse affaire d'un homme qui tua son père dans les années 20- et curieusement ne fut pas condamné pour cela- puis son frère en 1944. Un meurtre de trop, car justice devait enfin passer, et non sans mal.
La mort est toujours présente à la campagne
" C'est une histoire réelle. La lignée familiale est toujours présente, et ses membres sont connus honorablement, et ne sont en aucun cas des parias. Peu de gens connaissent cette affaire terrible, et n'en parlent pas facilement. Ils commencent toujours par : " C'est des vieilles histoires. On ne devrait pas en parler. Puis ils vous racontent. Ce dossier exerce encore une certaine fascination dans les paysages extraordinaires de la Creuse, où vivent des solitudes.
" Il faut bien comprendre le contexte de ces coins isolés, où l'on se mariait de bourg en bourg. Aussi de temps en temps, " ça " débordait. La mort est aussi toujours très proche à la campagne. On manie des outils qui ne sont pas inoffensifs, on tue le cochon.. ".
Geneviève Parot met en scène son héros " qui a fait ce que font les hommes. Il est né. Il a vécu. Il a couru dans les chemins, criant après le vent, après ses bêtes, après le sort, remâchant son enfance, buvant des vins mauvais, menant des filles au bal qui avaient peur de lui, se taisant soudain effrayé de ses propres pensées "… L'auteur imagine en mots choisis, en phrases patiemment assemblées, l'univers intime de ce meurtrier peu ordinaire. On entre dans le personnage, on voit à travers ses yeux le corps du père abandonné dans une flaque de sang, qui n'en finit plus de grossir. A travers le filtre éblouissant de l'écrivain, Geneviève Parot restitue une histoire cruelle, les évènements, les sentiments, et l'impact dans les mémoires. Et l'on découvre que rien n'est jamais simple, et les mots sonnent juste pour le dire, le faire sentir, le partager.
" La folie des solitudes ", de Geneviève Parot, aux éditions Gallimard.
J-J A.
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